Des Recensements de Noël mémorables
Le Recensement des oiseaux de Noël (RON), parrainé par la société Audubon, Oiseaux Canada et QuébecOiseaux, est un évènement annuel qui remonte au tout début du XXe siècle. Aujourd’hui je vous parle de l’intégration du RON avec eBird, en citant les exemples de Québec et de Tadoussac, dont je suis le compilateur depuis quelques années.
Un peu de contexte pour les personnes moins familières. À l’époque, la Société Audubon proposa de compter les oiseaux avec un Christmas Bird Count plutôt que de les tuer comme le préconisait la fâcheuse tradition du Christmas Side Hunt. Un RON s’effectue dans un territoire fixe de 24 kilomètres de diamètre, le plus souvent centré sur une ville ou un village. La journée du RON peut varier d’une localité à l’autre, mais elle doit être située entre le 14 décembre et le 5 janvier.
Une brève histoire
À Québec, on a lancé le RON en 1918… pour 3 ans. Le site est demeuré inchangé, soit un cercle de 12 km de rayon centré sur l’église du quartier St-Sacrement. Après une longue pause, le RON de Québec reprenait pour de bon en 1943, en pleine guerre mondiale. Nous n’avons sauté aucune année depuis. De 1943 à 1954 toutes les données étaient regroupées, mais à partir de 1955, on répartissait les données en secteurs, de 5 à 11, puis 75 à partir de 1978. Le nombre de participant est passé de moins d’une dizaine à plus de 120 en moyenne. Ça fait beaucoup d’ ‘heures-équipes’ dans le jargon du RON (figure 1).
Le RON de Tadoussac est plus ‘jeune’, ses débuts remontant à 1978. Le cercle de 12 km de rayon est centré au beau milieu de nulle part vers les lacs de Bergeronnes, et s’étend du camping Bon-Désir à l’est à la baie Ste-Catherine à l’ouest. Jusqu’à récemment, un petit groupe d’ornithologues motivés du Service canadien de la faune s’occupait de ce RON; maintenant ce sont surtout des ornithos de la région, non moins motivés, qui le réalisent.
Arrive eBird
Autrefois, les données étaient essentiellement prises dans les calepins de note puis partagées en personne, par téléphone ou par envoi postal, aux compilateurs. Ces derniers faisaient les additions puis partageaient leurs données dans les Audubon Field Notes ou encore le Bulletin ornitologique du Club des ornithologues du Québec1. L’avènement d’Excel allait faciliter les calculs durant plusieurs années.
La logique papier -> Excel allait perdre de son lustre avec l’arrivée d’eBird et surtout eBird mobile (téléphones intelligents) car soudainement les données sont immédiatement disponibles en ligne. Je ne surprendrai aucun abonné de ce blog en mentionnant que j’ai automatisé la production des rapports de RON directement à partir des données eBird. Il ne fallait qu’un compte eBird dédié au RON2 , un partage des listes avec ce compte et une standardisation des commentaires de liste3 et voilà!
Depuis 2021 donc, on peut connaître presque instantanément les résultats, même avec des centaines de listes eBird. La géolocalisation des listes permet même une analyse parcelle par parcelle, sans effort supplémentaire si ce n’est que quelques lignes de code.
Des résultats
2023 aura été une année mémorable, du moins pour les RON de Québec et de Tadoussac. Dans les 2 cas, nous avons eu droit à une météo exceptionnellement clémente. Pas de boucane bleue sur le fleuve, ni de grands vents ! Je ne sais pas pour vous, mais pour moi cela cause du plaisir plutôt que de l’éco-anxiété.
Côté oiseaux, des résultats très satisfaisants. À Québec, on a des nombres d’oiseaux (individus) en haut de la moyenne des dernières décennies, ce qui est partiellement explicable par la hausse de l’effort bien sûr, mais même en tenant compte de cela, deux fois plus d’espèces sont en hausse qu’en baisse (par unité d’effort). D’après le mémoire de maîtrise d’une de mes anciennes étudiantes, Laetitia Huillet, environ le quart des tendances seraient explicables par des facteurs locaux (étalement urbain, verdissement des banlieues, etc.). À Québec, la marque de 79 espèces le jour du RON nous place au 4e rang depuis 1943 et les 93 espèces de la semaine marquent un nouveau record!
À Tadoussac, on se souviendra du RON comme celui des nouveaux records (pour la journée avec 56 espèces, pour la semaine avec 61 espèces), et une manne de strigidés, surtout à cause de la persistance de nos observateurs qui ont fait de fructueuses repasses d’enregistrements en soirée.
Je vous invite à voir les détails en consultant les rapports de Québec et de Tadoussac disponibles en PDF sur Google Drive.
L’avenir
Actuellement je transfère toutes les données des RON de Québec et de Tadoussac dans eBird, dans le but de créer un site web interactif où on pourra explorer les données de notre RON favori, en détails. Il y a plusieurs avantages à avoir toutes les données du RON sur eBird, notamment :
Facilite le transfert des données entre compilateurs
eBird se charge des mises à jour taxonomiques
Possibilité de croissance à l’échelle de plusieurs RON
J’espère pouvoir mettre en ligne le nouveau site web dès l’automne 2024. En attendant, je vous dis à la prochaine !
Pour en savoir plus sur le RON, voici une entrevue à CKRL-FM (89,1, Québec) à laquelle j’ai participé le 11 décembre dernier.
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Notes de bas de page
Maintenant “de” Québec↩︎
ron.qcqu, affiché comme “RON de Québec” dans eBird. Ce genre de compte n’a pas la faveur populaire chez les gestionnaires d’eBird mais cela pourrait changer.↩︎
Je demande aux observateurs d’inscrire dans les commentaires leurs noms ainsi que le protocole (marche, automobile ou mangeoire), dans un format standardisé.↩︎