Fous du rougegorge

eBird
Birding
Raretés
Auteur

André Desrochers

Date de publication

1 février 2026

Non, pas lui. Rougegorge familier au jardin botanique de Cambridge, croqué lors de mes études en Angleterre. Juin 1990.

Bon. Cela aurait été difficile de passer à côté du désormais célèbre Rougegorge familier de Montréal. Dans mon dernier billet, je vantais les vertus de la découverte des oiseaux par soi-même, et des listes “honorables”. Dans ce cas-ci, l’honneur revient à Sabrina Jacob, qui réside dans le secteur (liste eBird ici). Bravo pour cette trouvaille !

Lorsqu’une espèce venue de très loin apparaît soudainement à proximité d’installations portuaires d’une grande ville, la question de son origine surgit presque automatiquement et par ricochet, celle de sa légitimité sur une life-list. Je n’ai aucune opinion sur l’origine de cet oiseau, préférant laisser cette réflexion à d’autres. Mais j’aimerais aborder la question sous un autre angle: celui des ornithologues.

Interpellé par cette course au Rougegorge égaré de Montréal, un lecteur se demandait s’il était possible de déterminer la provenance de toutes ces personnes venues observer la petite perle. J’aime ce genre de défi. Je me suis donc penché sur la question pendant quelques heures, devant ma console de programmation RStudio, en me basant sur la logique suivante.

Mais d’où venaient tous ces observateurs? Question simple en apparence, mais difficile à évaluer.

J’ai volontairement ajouté un flou de ± 5 km aux points d’origine afin de préserver un minimum de discrétion quant aux déplacements individuels. La distance record s’élève à 4 105 kilomètres.

Pour un portrait plus statistique des déplacements, voici un histogramme. La distance médiane2 de déplacement était de 123 kilomètres et la distance totale estimée - en supposant des allers-retours - atteint 429 004 kilomètres.

Un bémol sur les grands déplacements: mon analyse ne peut identifier les circonstances particulières des gens. Par exemple, quelques-un de ces déplacements, sont probablement dus à des retours de vacances du temps des fêtes. Ces déplacements auraient eu lieu, Rougegorge ou pas. Mais j’estime que la carte dresse un portrait tout de même réaliste.

Que doit-on conclure de cette brève migration d’ornithologues? Personnellement, je trouve le phénomène fascinant, et ses origines psychologiques mériteraient d’être étudiées davantage. En ce qui concerne les retombées environnementales, plus précisément en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES), des évènements de ce genre mettent en lumière les contradictions entre le discours parfois grandiloquent et les comportements énergivores de nombreux ornithologues. Je ne me préoccupe pas des émissions de GES causées par ces déplacements, mais si cela vous intéresse, il semblerait que l’ensemble des déplacements liés à cet oiseau, corresponde à l’émission d’environ 80 tonnes de CO2, en assumant que les déplacements excédant 1000 km ont été réalisés en avion (consommation par passager).

Imaginez si cet oiseau s’était pointé en Gaspésie. Tiens, maintenant que j’y pense, le Pygargue empereur de 2021 a-t-il généré autant de déplacements?

En tout cas, cette méga-rareté montréalaise me rappelle mes années passées en Angleterre, où j’ai eu l’occasion d’assister à un phénomène similaire, peut-être le plus intense jamais enregistré. En février 1989, une Paruline à ailes dorées était apparue dans une banlieue de l’est de Londres. C’était, je crois, une première pour l’Europe. En quelques jours, l’oiseau avait attiré autour de 2000 ornithologues, qui n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent à cette période tranquille de l’année. L’engouement avait provoqué des embouteillages et rempli les stationnements de la méga-épicerie du quartier, un Tesco, donnant naissance au surnom viral, “The Tesco Warbler” .

Inversons l’origine et la destination: ruée ornithologique vers la “Tesco Warbler”, une Paruline à ailes dorées à Londres, 1989.

Au-delà des cartes et des kilomètres, cette histoire nous rappelle que l’ornithologie est d’abord une affaire humaine. Derrière chaque coche, il y a parfois une émotion, une curiosité, ou une compétition, mais toujours une bonne excuse pour sortir de chez soi, surtout en plein mois de janvier. Peut‑être que l’avenir de notre passion passe moins par la course à la rareté que par une réflexion plus sereine sur nos motivations : pourquoi part‑on, à quel prix, et pour en arriver où au juste ? À chacun maintenant de décider si la prochaine alerte déclenchera un plein d’essence… ou simplement un sourire admiratif devant ces visites imprévues.

PS: Ce texte est ma création, pas celle de l’intelligence artificielle. Mais j’utilise l’AI (Copilot, Grok) pour améliorer la programmation et la rédaction (sémantique, grammaire).


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Notes de bas de page

  1. J’ai extrait la dernière liste de 2025, les bases de données complètes Canada/US n’étant pas encore disponibles pour janvier 2026.↩︎

  2. En d’autre termes, la distance franchie ou dépassée par la moitié des personnes↩︎