
Après une longue pause

Cela fait un bout depuis mon dernier post! Mais non, je n’ai pas abandonné… Après avoir fait mijoter de nombreux projets, me voilà prêt à revenir auprès de vous pour partager des idées, des résultats. Aujourd’hui je vous invite à explorer les tendances de populations des oiseaux du Québec, 1970-2024.
Tendances ornithologiques
Je viens tout juste de publier une misa à jour de mon site web Tendances ornithologiques du Québec. Les données (eBird + ÉPOQ) se rendent au 30 novembre 2025. J’ai révisé en profondeur le code pour créer les graphiques des tendances provinciales de près de 300 espèces. Il existe plusieurs manières d’exprimer les tendances des oiseaux. J’en ai choisi 2 qui offrent des perspectives très différentes.
Des nuances
D’abord l’abondance, exprimée en oiseaux par 100 heures. Cette mesure suppose que plus on passe d’heures sur le terrain, plus le nombre d’individus augmente, proportionnellement. Ici, “proportionnellement” est très important - signifie que si vous passez deux fois plus de temps sur le terrain, vous en verrez deux fois plus. Pour que cela soit vrai, il faut que les oiseaux soient dispersés, stables et que vous soyez en déplacement. Ou encore, que vous soyez stable et que les oiseaux soient en déplacement - comme aux dunes de Tadoussac en migration par exemple.
Souvent, les conditions précédentes ne sont pas respectées. Pensons à ce groupe de 200 bernaches sur le fleuve. Vous avez beau passer 3 heures plutôt que 10 minutes, le nombre restera autour de 200! Ou encore cette Nyctale de Tengmalm au parc… Dans de tels cas, la répartition géographique est un bien meilleur outil. Suffit de diviser la province en cellules, par exemple ici des carrés de 10 km x 10 km. Ensuite chaque année, retenir les carrés visités par les ornithologues, et calculer la proportion des carrés où l’espèce a été observée. Ici, on évite les pièges liés à l’insensibilité des nombres aux heures d’observation, et aux listes multiples causées par un seul oiseau rare.
Quelques exemples
Plusieurs tendances dans le site TOQ ne vous surprendront pas. Par exemple, la hausse vertigineuse de l’Urubu à tête rouge, de l’émerillon, du pèlerin, de la Grue du Canada. À l’opposé, eBird confirme le déclin fort publicisé et bien réel des oiseaux champêtre tels que la Sturnelle des prés. La hausse du Merlebleu de l’Est est une exception explicable par les programmes de nichoirs.
Mais d’autres tendances pourraient vous étonner. Je vous en présente quelques-unes ici, tout en vous invitant à fouiller davantage dans le site web (TOQ).
Des tendances qui préoccupent
Il est bien connu que les limicoles (pluviers, bécasseaux, chevaliers, etc.) sont globalement en déclin. On attribue cela à diverses causes, notamment le dérangement et la prédation en migration. J’aurais pourtant pensé que ce n’était pas le cas de la Bécassine de Wilson. Je retiens ici le graphique d’abondance plutôt que la répartition, car c’est un oiseau peu grégaire, qu’on découvre surtout en se déplaçant. Pourquoi moins de bécassines? Je doute que ce soit un changement important dans nos latitudes; je serais donc tenté de blâmer nos voisins du sud (réflexe en vogue par les temps qui courent!). Mais votre hypothèse est sans doute aussi plausible que la mienne…
Une autre espèce, parfois grégaire, m’a aussi étonné par son déclin: le Bihoreau gris. Comment expliquer ce déclin?

Les bonnes nouvelles
De manière générale, la sauvagine, les oiseaux forestiers et les oiseaux de proie se portent étonnamment bien, contredisant ce qui est véhiculé dans les médias. Presque toutes les espèces de viréos, moucherolles et parulines sont en hausse, même en tenant compte de l’évolution de l’effort d’observation. Je retiens ici quelques cas qui m’ont tout de même surpris.
Contrairement au Bihoreau, le Petit Blongios semble bien se porter, du moins en termes de sa répartition géographique, qui aurait doublé en 50 ans. Je me questionne donc sur le statut officiel de cette espèce.

De son côté, le Pic à ventre roux étonne par son essor (j’ignore la donnée discutable de 1970). Parmi les pics, seul le Pic à tête rouge semble avoir des difficultés au Québec, les autres étant stables ou en forte hausse.

Et que dire du Troglodyte familier… De quessé?

Ou encore, la Grive des bois qui semble recoloniser des secteurs abandonnés. Aurait-elle atteint le fond du baril?

Les cycliques
Plusieurs espèces révèlent de subtils patrons de périodicité, souvent noyés dans le “bruit” statistique. D’autres sont plus clairs. J’en retiens deux: le Balbuzard pêcheur et la Bernache cravant, tous les deux avec un cycle assez net de 13 ans. Des fluctuations dans l’abondance de nourriture? Lié aux mêmes causes que les cycles de cigales Magicicada (13 ou 17 ans), le soleil, les courants océaniques ?


D’autres cas me font sourciller, comme le Piranga écarlate. Cette espèce aurait-elle un cycle de 50 ans ? On le saura peut-être en 2100…

Pour élargir la discussion
Tendances ornithologiques du Québec est un bien modeste outils d’exploration des tendances des oiseaux de chez nous. Cet exercice s’inscrit dans un contexte où de nombreux experts tentent de voir clair dans toutes ces tendances, afin d’orienter les mesures de gestion. Au-delà d’eBird, de nombreux programmes standardisés existent pour calculer les tendances de groupes d’espèces ciblés (Breeding Bird Survey, oiseaux de marais, nocturnes, etc.) Récemment, j’ai rejoint un groupe d’analystes canadiens pour mettre en commun nos efforts en ce sens. Je compte bien partager avec vous les avancées qui seront faites en matière d’analyse des populations. A suivre donc!
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