Tendance des espèces au Québec
Récemment, on m’a interpellé quelques fois à propos du déclin, imaginé ou réel, des oiseaux. Cela m’a incité à mettre à jour les calculs de tendance que j’avais déjà faits il y a quelques années. Je vous offre ici un sommaire des résultats.
Des gagnants et des perdants
Avec près de 300 espèces régulièrement observées au Québec, il y aura forcément des gagnants et des perdants. Il y a 5 ans, j’avais énuméré les espèces aux tendances les plus extrêmes, mais sans tenir compte de l’incertitude des estimations de tendances. Dans le tableau ci-dessous, j’en tiens compte, ce qui dresse un portrait plus précis. Il n’y a pas beaucoup de surprises, ce qui est rassurant à propos des données! On constate que l’Urubu à tête rouge est le grand gagnant, tant en termes d’abondance (nombre d’urubus par 100 heures d’observation) qu’en termes de répartition (hausse de la proportion des carrés de 10 km x 10 km avec présence de l’espèce). Les tendances de répartition ne sont pas obligatoirement similaires à celles d’abondance, une espèce pouvant par exemple étendre sa répartition mais en diluant ses nombres régionalement. Comme la proverbiale confiture.
On reconnaît plusieurs espèces champêtres parmi les perdants: vachers, kildirs, sturnelles et moineaux. C’est sans doute le reflet du déclin des pâturages dans notre province. Un retour en quelque sorte à une époque précoloniale, où les pâturages n’existaient pas… Je m’étonne cependant du déclin prononcé des goélands marins et argentés. Avez-vous des hypothèses?
Hausse | Déclin |
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Selon l’abondance | |
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Selon la répartition | |
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Mais quel est le portrait général des oiseaux du Québec ? Selon la figure ci-dessous, davantage d’espèces sont en hausse plutôt qu’en baisse. Tant en abondance qu’en répartition géographique. Donc s’il est vrai que certaines espèces sont en situation préoccupante, il est par contre erroné de parler de déclin généralisé des oiseaux au Québec.
On peut voir là une contradiction avec le constat alarmant de la campagne Bring Birds Back lancée par un article à sensation dans la revue Science. Bring Birds Back estimait que près de 3 milliards d’oiseaux seraient disparus en Amérique du Nord depuis 50 ans2. Cette conclusion a été reprise abondamment dans les médias et sert encore aujourd’hui à légitimer les “appels à l’action”. Or il se peut que les résultats présentés ici soient concordants avec une perte de 3 milliards d’oiseaux à l’échelle du continent. Comme l’écologiste Brian McGill l’explique, il suffit que ces pertes soient concentrées chez quelques espèces abondantes, plus souvent qu’autrement des espèces commensales aux humains (moineaux, quiscales, étourneaux, …). Par exemple, une seule espèce dont l’effectif passerait de 1 milliard à 500 millions expliquerait 1/6 d’une perte globale de 3 milliards d’oiseaux.
Derrière ces statistiques très générales se cache une étonnante variété de patrons d’abondance depuis 1970. Pour satisfaire votre curiosité, j’ai ajouté au site Tendances Ornithologiques du Québec un onglet Tendances provinciales qui vous permet d’explorer les tendances de 285 espèces pour lesquelles un nombre suffisant de données était disponible. Vous verrez que de nombreuses espèces ont des tendances difficiles à réduire à une “hausse” ou une “baisse”, montrant des hauts et des bas, souvent nettement périodiques.
Je vous laisse découvrir ce nouvel outil et vous reviendrai prochainement avec un autre survol axé sur la périodicité.
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Notes de bas de page
Le tri a été effectué avec la cote normale Z (tendance estimée divisée par l’incertitude)↩︎
Pour mettre en contexte, 3 milliards d’oiseaux c’est du même ordre de grandeur que les gains et pertes annuels, donc récurrents, d’oiseaux migrateurs au Canada - au printemps il en rentre ~ 3 milliards et à l’automne il en sort ~ 6 milliards.↩︎