Les raretés, dans le temps et l’espace

eBird
Birding
Raretés
Tendances
Auteur

André Desrochers

Date de publication

3 novembre 2023

Plus tôt cette semaine, j’ai eu une entrevue radiophonique à l’émission Futur Simple de la station CKRL-FM à Québec. C’était sur le thème de la course aux oiseaux rares. Pour la plupart d’entre nous, rien de plus banal que de se déplacer pour aller voir une rareté dans notre quartier, notre région, voire beaucoup plus loin! Mais encore…

Sous le phénomène bien connu de ces oiseaux qui s’égarent de leurs contrées habituelles se cachent de nombreux mystères et subtilités. Aujourd’hui je vous propose d’explorer le phénomène des raretés dans le temps et l’espace.

Il faudrait d’abord définir c’est quoi une rareté. Dans le cas présent, j’ai trié les espèces par le nombre croissant d’années où elles ont été rapportées au Québec depuis 1970 et retenu les 200 premiers cas. Pour vous donner une idée, la plus “commune” des raretés retenues est le Bruant à face noire !

Ensuite, j’ai retenu juste les découvertes de raretés (éliminé toutes les réobservations) et j’ai déterminé pour chacune des ~3 millions de listes eBird si elles contenaient une rareté. Restait juste à déterminer la proportion de listes avec raretés de 3 manières: par année, par semaine dans l’année et par localité.

Par année

Voici l’évolution des découvertes de raretés avec les années, mesurée de 2 manières: probabilité qu’une liste contienne une rareté, probabilité qu’une localité accueille une rareté.

Le contraste listes vs. localités est étonnant! Mais ça s’explique. Je parierais que la chute de la proportion des listes avec des raretés est le résultat de la “démocratisation” du birding, l’observateur moyen étant probablement moins assidu qu’autrefois. On pourrait répliquer que désormais l’observateur moyen dispose davantage de moyens de communication pour ajouter des raretés à sa liste mais comme je mentionnais plus haut j’ai éliminé toutes les réobservations d’oiseaux pour lesquels les gens se sont déplacés. La hausse des localités1 avec raretés m’intrigue davantage. Cinq fois plus de localités visitées accueillent maintenant des raretés! Est-ce à cause des mangeoires, maintenant présentes partout, mais autrefois rarissimes?

Par semaine

Avec la période de froid qui nous frappe actuellement, les choses se calment. Mais on sort juste d’un autre “été indien” copieux en raretés. J’ai longtemps eu l’impression que fin octobre/début novembre c’est la période de l’année la plus riche en raretés. Mais que dit eBird?

En termes de listes, mon intuition et celle de nombreux collègues est juste : quand vous allez birder, c’est fin octobre/début novembre que vous avez le plus de chances de découvrir une méga-coche ! Mais à la fin du printemps, la multitude de birders sur le terrain va nous trouver des raretés dans tous les coins de la province.

Au Québec

Peu importe l’année ou la période de l’année, les chances de trouver une rareté ne sont pas égales partout. On connaît les hauts-lieux: Cap Tourmente, Cacouna, Maizerets, Tadoussac, etc. Pour résoudre cela, j’ai divisé la province en des milliers de cellules hexagonales de 100 km2, et retenu juste les cellules avec au moins 1000 listes eBird. Explorez la carte interactive…

Proportion des listes avec raretés (rouge = élevé)

Certains suspects ressortent comme prévu: Cacouna, la côte est Gaspésienne, Baie-du-Febvre. Mais d’autres endroits étonnent: le secteur de Val d’Or semble être LA place !! Et que dire de cet endroit près de Sainte-Croix (Lotbinière) ? Là je suis confus. Étonnant aussi que Tadoussac, Montréal, Cap Tourmente et Maizerets ne se démarquent pas autant, mais on doit tenir compte du fait que l’on y passe des centaines, voire milliers, d’heures à ces endroits, comme de véritables caméras de surveillance, rendant les découvertes inévitables (Edit: mais tout de même noyées dans des milliers d’heures d’observation).

À quel point l’effet Patagonia picnic table2 influence les résultats ? On pourra explorer cela une autre fois.

André Desrochers


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Notes de bas de page

  1. Ici une localité est un hexagone de 100 km2↩︎

  2. Traduction libre: Un afflux de birders à la suite de la découverte d’un oiseau rare à un endroit entraîne la découverte d’autres oiseaux rares à cet endroit, et ainsi de suite, le résultat final étant que la localité devient bien connue pour les oiseaux rares même si elle n’est peut-être guère meilleure que d’autres localités. Le nom provient de l’aire de repos et de la table de pique-de l’Arizona State Route 82 au sud de la ville de Patagonia, où le phénomène a été noté pour la première fois.↩︎